avril
2011

Économie marché

Considération sur les cigales et les fourmis

MOTS CLÉS :

L’optimisme collectif n’est pas le fort des Français. Pourtant, l’épargne et le patrimoine de ces derniers offrent une vision plutôt favorable de l’avenir de notre pays. L’avis de Jean Bonnie, président de la commission économique de la FIB (fédération de l’industrie du béton).

Les chiffres des mises en chantier de logements neufs pour l’année 2010 montrent que le secteur a cessé de baisser : 346 000 unités, contre 334 000 en 2009, loin encore du pic de 2005-2007 (440 à 460 000). Nous retrouvons à peu près les valeurs de la moyenne longue de la décennie 1994/2003, d’environ 330 000.
Les raisons principales de ce redressement sont connues : excellente tenue de la démographie, accumulation depuis des années d’un retard important par rapport aux besoins, absence de stocks invendus.
Ces données devraient conduire à un certain optimisme sur ce secteur économique du logement neuf. Pourtant, on sait que l’optimisme collectif n’est pas le fort des Français en ce moment. Ils apparaissent souvent dans les sondages comme les champions du pessimisme. « Nous sommes ruinés ! », « Nous avons ruiné nos enfants ! », répètent-ils à l’envi. Les voilà même atteints de complexes économiques galopants. « Nous sommes les derniers de la classe, nous avons vécu, telle la cigale de la fable, au-dessus de nos moyens. La fourmi nous dame le pion ! », notamment la fourmi allemande, animal occupant, par les temps qui courent, une place éminente dans une partie de la presse.

De la confusion de l’information
L’utilisation sélective des données macroéconomiques a de quoi irriter l’économiste. On en vient à confondre les finances de l’État avec celles de la maison France, dont l’État n’est qu’une partie.
Cigales, les Français ? Allons donc, fourmis au contraire, et parmi les plus épargnantes au monde. L’épargne financière des Français s’élève à plus de 3 000 milliards d’euros, nette de dettes à plus de 2 000 milliards. Quant à leur patrimoine global (financier et non-financier), il se monte, net de dettes, à environ 10 000 milliards d’euros, soit six fois la dette de l’État. Loin d’avoir ruiné ses enfants, la fourmi française, une des plus accumulatrices au monde, se prépare à leur laisser un joli magot. Au fur et à mesure que le tapis roulant de la vie avance, c’est bien en héritages sonnants et trébuchants que se transforment ces 10 000 milliards.
Il est donc incroyable de lire partout (il suffit d’aller sur les forums internet) que la France est ruinée.

Sommes-nous loin de nos marchés de logements ?
Pas du tout, nous y sommes même en plein. Il est évident que l’investissement dans la pierre est directement lié à l’épargne et à la richesse. De plus, l’acte de construire est directement conditionné par la vision de l’avenir qui habite les individus. La réserve d’épargne est gigantesque, mais il faudrait sans doute mieux la canaliser vers le logement, avec une politique ambitieuse du logement, sachant que, selon les estimations, le retard accumulé est peut-être d’un million d’unités.
Un dernier mot en forme d’étonnement : qu’est-ce qu’un peuple champion du pessimisme et en même temps champion de la natalité ? N’y a-t-il pas comme un malentendu ?
Cela amène à s’interroger sur les raisons qui poussent les Français à être d’incorrigibles pessimistes, dès qu’on parle d’économie. Vaste sujet…
Morale de l’affaire : évitons de confondre les fourmis et les cigales de notre profond La Fontaine.